Dis lui que tu l’aimes

Je prends le clavier entre mes mains pour t’écrire certainement le texte le plus personnel et peut-être aussi le plus chiant que tu liras. Je ne sais même pas trop comment le lancer ce texte alors ça commence plutôt bien, tu vas te faire chier royal.

Il y a des trucs qui arrivent dans la vie, tu te réveilles un matin et la mauvaise nouvelle te tombe sur le coin de la gueule. Tout allait bien avant ça, ou presque. Parce que bien entendu t’avais chialé pour de la merde, que t’avais plus de tunes sur ton compte alors que tu sais très bien que si t’avais pas fait nimp le week-end dernier en te retournant le crâne et celui de tes potes, tu n’en serais pas là. Puis tu t’es aussi plaint du temps, parce qu’il pleut, il fait gris, ou trop froid ou trop chaud. Puis y’a trop de monde dans les rues, les gens n’avancent pas. Et je ne te parle pas du gros con qui puait l’interdit hier dans le métro, celui là aussi t’as voulu te le faire.

Et ce matin au réveil t’es plutôt pas trop mal en forme, enfin peut-être à moitié parce que t’as sûrement tise et mef hier et que le réveil a été difficile. Mais ça aussi tu le savais déjà avant, tu te l’étais dit que t’allais pas picoler ce soir, pas fumer non plus, pour être frais comme la rose demain. Tu ne l’as pourtant pas fait et tu te dis que t’es vraiment en mal ce matin. Mais que ce soir tu vas te coucher tôt, te faire un repas santé, boire beaucoup d’eau et regarder un documentaire sur notre écosystème, sorte de clean-up intégral.

Puis elle arrive là cette putain de mauvaise nouvelle. On t’appelle pour te l’annoncer. Quelqu’un est mort, ton mec te quitte, ton employeur te remercie.

Alors putain tu te sens seul et con.

Et tu commences à cogiter.

Putain c’est quand la dernière fois que je lui ai dit « je t’aime »? Enfin pas à ton boss peut-être t’as raison.

C’est quand la dernière marque d’affection que je lui ai porté? C’est quand le dernier cadeau que je lui ai fait? Le dernier petit mot  mignon que je lui ai laissé, en texto, en appel, sur le miroir?

Tu ne t’en souviens plus bien entendu.

 

Parce que tout passe vite, tu es là et puis boum c’est fini.

 

On veut tous kiffer, on veut mener nos vies à la conquête du grand kiffe, à la recherche de la passion. Au détriment de l’autre. L’autre c’est ta mère, c’est ton ami, c’est ta meuf. On veut se mettre à l’envers, passer des journées à rien foutre, picoler, fumer, recommencer. Etre mal se dire qu’on doit décrocher de tout ça, puis se concentrer sur les vraies valeurs. Mais on ne le fait pas. Alors on continue, on verra bien. Et on oublie les sentiments. Ceux qui sont beaux, purs et sincères. Ceux qui sont vrais et qui viennent te planter un coup dans le bas ventre une fois que tu te retrouves seul comme une merde face à un tonneau d’émotions. Ceux qui te feront dire « putain pourquoi je ne l’ai pas appelé hier comme prévu? », « pourquoi je lui ai pris la tête pour nimp? », « pourquoi je lui ai tiré la gueule pour tes conneries pendant 5 jours alors que j’aurais juste dû parler de ce qui me gênait? »

Mais là aussi tu ne l’as pas fait.

 

Alors les gens partent. Tu ne pouvais pas toujours le contrôler. Il y a la mort, la maladie, toutes ces conneries contre lesquelles on ne peut pas vraiment se battre. Il y a les conflits personnels qu’on doit tous gérer au quotidien en faisant mine que tout roule. Il y a notre place dans la société qu’on doit conjuguer à une réussite professionnelle et sociale, un accomplissement de soi qui passe par la mise en valeur matérielle et 2.0.

 

Puis il y a la vraie vie. Cette vie qui te regardera pleurer seul dans ton lit quand tu réaliseras que c’est trop tard.

Que t’aurais pas dû attendre pour lui dire que tu l’aimes, que ton putain d’amour propre t’a mené nulle part, que les principes de merde que tu t’étais fixé n’ont rien changé.

 

Je t’avais dit que ça serait chiant et cucul, alors autant finir en adéquation avec l’annonce, demain ton père ne sera plus, ton mec se sera impatienté de tes distances et toi tu te diras encore « c’est quand la dernière fois que je lui ai dit que je l’aimais? »…