Fantasia 2016 | Part 1

Cette année Fantasia fête ses 20 ans. Il y a 20 ans j’écoutais Reciprok. Je pensais cette information utile pour t’évoquer à quel point c’est passé vite (et Reciprok s’écoute pourtant toujours aussi bien). Comme chaque année une prog fatos, de quoi satisfaire aussi bien ton cousin chasseur de pokemon de 14 ans que ta tante Martine.

 

Pour cette édition, je vais te le faire en deux prises, la première la voici, avec trois films sans classement. La seconde viendra plus tard.

 

Karaoke Crazies

 

Un film coréen (du sud, faut-il vraiment le préciser) qui se passe dans un karaoké miteux d’un vieux bled paumé dans le trou du cul de la Corée. Si c’était dans le désert ricain, il y aurait certainement des « tumbleweeds » qui rouleraient (en français dans le texte), mais comme on est en Asie et qu’on s’y gèle les miches, il n’y a juste pas un chat. Le proprio du lieu galère niveau tunes et décide d’embaucher une « accompagnatrice » pour motiver les clients qui viennent chanter et inch’allah accroitre un peu la fréquentation du chaland.

Puis t’as une petite meuf toute chelou qui débarque, pas trop bavarde, toujours lookée de son bas de jogging adidas vert. Elle ne paye pas trop de mine, ne parle pas, répond tout juste aux questions et passe son temps à geeker sur son ordi. Mais au bout d’un moment le boss bien gentil commence à en avoir ras le cul de la payer pour la voir bloquer devant son écran sans que son bénéf à lui n’augmente. Alors après un coup de pression du genre « si tu ne te bouges pas je te coupe le net », elle va « prendre les choses en mains ». Et ça va commencer à rouler. Du coup, hop, deuxième hôtesse, tout aussi chelou que la première mais dans un autre genre. Plus femme fatale, qui parle beaucoup plus, exubérante mais power girl, mais ayant autant de problèmes personnels que le proprio ou sa collègue en adidas. Et c’est ce qui va lier les trois personnages principaux du films, trois sortes de paumés solitaires qui ont pris cher dans le passé et qui portent encore un peu le restant de leurs problèmes aujourd’hui. Ajoute à ça un tueur qui rode dans la région, ça te donne un film coréen mélancolique, drôle et bizarre. Je dois avouer qu’il y a quand même quelques longueurs qui alourdissent le tout, mais bon, dans le fond ça passe pour un soir de semaine.

 

 

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Aloys

 

Après la Corée, on passe en Suisse. Autre pays, autre langue, autre ambiance mais même fond. Cette fois-ci t’as Aloys, un gars qui ne sort pas franchement du lot, qui passe sa vie à zieuter et mater ses voisins et son entourage. A la limite de la psychose, il les filme et conserve toutes ses vidéos précieusement dans sa bibliothèque.

Le gars vit seul depuis le décès de son père et puis en même temps il ne donne pas trop envie de sympathise, du genre aimable comme une porte de grange quand t’amorces la conversation. On peut qualifier sa vie de déprimante: solitude, isolement, look de merde et appart vintage sans le vouloir, faut avoir les tripes bien accrochées pour s’imaginer troquer notre vie pour la sienne.

 

 

 

Mais un soir où il a trop tise et se réveille au fond d’un bus, il se rend compte qu’on lui a volé son précieux, aka son matos de voyeur-filmeur. Il pète un plomb comme jamais notre Aloys. Puis peu à peu le ravisseur (ou plutôt la) va se manifester et les deux vont se lancer dans une relation de flippés solitaires par téléphone. Elle va lui proposer de se projeter dans un monde imaginaire dans lequel il est une autre personne, il va y sauter les pieds joints et va retrouver le sourire grâce à toute celle illusion. Et c’est peut être là qu’il va encore plus t’attrister notre Aloys, autant avant tu t’en foutais juste de son sort, c’était un connard aigri; mais là tu vois à quel point il se donne corps et âme dans cette vie fictive qui n’existe pas, dans ses voyages cérébraux, dans ce monde parallèle dans lequel il s’épanouit enfin.

 

 

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Encore un film de solitude, triste et mélo, qui, à nouveau est beau et doux, mais a beaucoup trop de longueurs à mon goût.

 

 

 

 

Un petit boulot

 

Direction la France pour finir le voyage en trois volets de cette première séquence Fantasia 2016. Un film qui peut compter sur un putain de casting pour remplir la salle: Romain Duris en rôle principal; Michel Blanc qui assure aussi le scénario en plus d’être second rôle; Alice Belaïdi que t’as vue entre autres dans Les Kaïras; Gustave Kervern du Groland et qui a aussi réalisé Aaltra par exemple; Alex Lutz de Catherine et Liliane; ou encore Charlie Dupont; le tout réalisé par Pascal Chaumeil (RIP). Assez fatos dès le départ.

 

 

copyright Nicolas Schul

 

 

L’histoire c’est celle de Jacques (Duris) qui se retrouve sans taf après la fermeture de son usine. Ses potes vont réussir à plus ou moins rebondir mais lui non, sa femme le quitte, les huissiers le saisissent et il tourne en rond dans sa galère. Puis Gardot (Blanc), un mafieux local que toute la région connait et qui est pété de tunes va lui proposer de la maille en échange d’un « petit boulot »: tuer sa femme. Je ne te spoile rien, il te l’annonce dès le départ.

 

 

 

 

A partir de là Jacques va mener une double vie entre son double de tueur et sa vie plan plan le jour, à travailler au final dans une station service. De situations du quotidien en orchestration semi mafieuse, le film se déroule comme un bon film à suspense, drôle, avec des dialogues aiguisés (cimer Michel Blanc). L’intrigue te tient en haleine, les acteurs sont bons et à leur place, le tout est juste et sympatoche, entre le thriller le divertissement. Un bon petit film qui se regarde avec plaisir pour la qualité de jeu, de scénario et le rythme général. Il sera diffusé à Fantasia le 1er aout à 19h35, vas-y (même si t’aimes pas Duris).