Merci la mode

On a toujours tendance à parler de ce qui ne va pas, partager avec amis, familles et collègues nos reproches et critiques, mais on a tendance à oublier de parler de ce qu’on aime chez eux; un peu comme j’en parlais déjà il y a quelques mois de celà. 

J’ai quitté la mode comme on quitte un mec qu’on aime, qui nous a fait tellement vibrer, qui nous émeut encore mais avec qui on sent la fin se pointer. On était assis Denis et moi, on s’est regardés dans le fond des yeux, on savait que c’était fini mais on voulait encore essayer. Pour les souvenirs, pour ce qu’on avait vécu, pour le respect qu’on avait l’un pour l’autre. Alors même si la douleur à été vive, on a agi en adultes responsables et on s’est dit au revoir. On savait que c’était mieux pour nous, on ne se disait pas vraiment adieu en fait, on se disait juste je t’aime et je te le prouve en te laissant ta liberté.

 

 

La mode j’en parle souvent mal. Elle nous juge alors j’en fais autant, par vengeance ou par protection. Mais dans le fond je l’aime fort, je l’ai toujours aimée et l’aimerai toujours. Les américains disent « you can take the girl out of the fashion, but not the fashion out of the girl ». Ça doit être ça. La mode m’a construite, a fait de moi celle que je suis aujourd’hui. Même si je lui ai dit « prends soin de toi, moi je pars », je la sens encore vibrer au fond de mon cœur. On dit souvent d’elle qu’elle est méchante, capricieuse, hautaine et rude. Tout ça est vrai. On oublie par contre aussi souvent de dire qu’elle est aussi formatrice, rigoureuse, travailleuse et sans relâche. Qu’elle te poussera à aller chercher au plus profond de toi ce que tu peux tirer de meilleur. Elle n’est pas que superficielle et primaire. Elle est aussi cérébrale. Ça ne saute peut être pas aux yeux comme ça tout de suite mais elle est celle qui te te fera réfléchir sur toi même, sur ce que tu es, où tu vas et comment tu y vas.

On caricature les modeuses en talons hauts, une coupe de champagne à la main et de la blanche plein le nez. C’est aussi ça mais pas seulement. Et pas pour tous. Moi j’ai surtout rencontré des gens qui ne comptaient pas leurs heures, qui bossaient comme des acharnés pour faire vivre une idée, un concept; parce qu’ils croyaient en quelque chose, parce qu’ils étaient animés par un projet. Des gens inspirants, des personnalités uniques et fascinantes. Des artistes en mal d’eux-mêmes qui sous le maquillage et les moues boudeuses dépriment autant que toi le soir seul chez eux. Des Dick Walsh, des Denis Gagnon, des Djanis Bouzyani, des Cary Tauben, des Azamit, des Yso, je m’arrête avec cette liste qui pourrait être longue. Une liste humaine, pas de simples noms sur un papier (ou un écran), une liste d’émotions, de vibrations, de glace et de feu.

 

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Un jour Denis m’a dit « tu es très rigoureuse dans ton travail et avec toi même », un jour où je me sentais la plus grosse merde sur terre. J’ai pas voulu montrer mes larmes mais cette phrase a retenti au fond de mon cœur si fort que les soirs de déprime je me souviens de sa voix et son chignon mal noué me redire ces mots.

 

La mode a fait de moi celle que je suis, avec plein de défauts c’est certain, mais aussi avec les qualités qu’on m’y a enseigné. A ne jamais baisser les bras, à toujours y croire, à se donner le droit de rêver, à travailler comme un fou furieux, à ne pas écouter sa fatigue (et moi la coke ne m’a jamais aidée à tenir pourtant, je l’ai toujours déclinée et continuerai de la refuser), à garder le sourire quand ça ne va pas, à être méthodique car de toute façon tout ce qu’on fait à toujours comme deadline « hier » dans le meilleur des cas, à écouter l’enfant en soi qui lui a encore plein d’innocence et à demander à l’adulte mal formé en soi d’exécuter les rêves de gamins.

 

Il faut quitter quelqu’un pour savoir qu’on l’aime, mais on ne quitte jamais réellement les premiers émois, même dans les bras d’un autre amant, on se souvient toujours, les yeux un peu humides et le cœur un peu froissé, à quel point ce sourire était beau.

 

Merci la mode, merci Denis.

 

Je vous aime.