Tes fesses, tes seins et pourquoi pas ta chatte

Je lisais un article de Madame Figaro, comme tu le vois tout de suite, le niveau est haut. Ca parlait tapis rouge à Cannes, montée des marches, et, comme on le sait, les femmes on est juste intéressées par les robes et le maquillage, ça parlait surtout looks de stars. Ou plus précisément décolletés plongeants pendant le festival. On a eu droit à un diaporama des plus beaux décolletés des marches. Ah ouais.

Alors non je ne vais pas jouer les féministes de base frustrées du cul autant que de la vie, mais peut-être juste un peu quand même. Juste frustrée du clavier alors.

C’est pas tant l’article qui a fait un trou dans le tissu de mes capacités à susciter la bonne humeur. J’ai zoné un peu sur la page Facebook de Madame Figaro et la ligne éditoriale est bien respectée: du léger, du vent, du on s’en bat les reins les femmes sont trop connes, balance deux recettes et trois robes elles vont liker.

C’est plutôt le « fond » du sujet qui a provoqué un besoin, ô combien irrépressible, d’écrire pour m’insurger (ouais bon, chacun son combat, on ne peut pas être de toutes les luttes).

Et c’est quoi le fond? La petite culotte ou le téton apparent. Constamment, partout et pour toute occasion.

 

Je suis la première à crier: Femme, libère ton corps et ton esprit et si TU veux, et toi uniquement, montrer un sein ou une fesse, fais le, c’est ton corps éclate toi.

Sauf que ca devient parfois difficile de dessiner une ligne entre la liberté d’expression et la pression des masses.

Le gala du Met doit être, depuis quelques années, le plus grand rendez-vous exhib. A celle qui dévoilera le plus son corps, poussera un peu plus loin le jeu de la fausse provoc super léchée en mettant le tout sur le dos de la liberté de s’habiller comme on l’entend. Mais tout sonne faux. Quand au final la majorité des stars se présente en plus qu’à poil, n’est-il pas finalement question de courber l’échine face à une tendance ultra sexy et chiennasse en faisant passer le tout pour du m’en foutisme. De la fausse rebelle sapée en créateur, dans des tenues qui peinent à cacher un mamelon mais coutent le PIB du Burundi.

 

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Entre les prises de position de Beyoncé qui explique qu’elle exhibe son boule parce que « si je veux, je peux » et qu’on devrait toutes en faire autant, les poses lascives qui ne font plus sursauter personne et les culottes sur tapis rouge devenues aussi provocatrices et surprenantes qu’être sponso par Chopard pour la montée des marches. Le tout a finalement codifié la provoc, là où l’essence même de la contre-culture se définit à contre courant (comme dans la chanson d’Alizée), s’exhiber est devenu la norme et excusez-moi mesdames si là dedans je n’y vois aucun cri de révolte mais plutôt une nouvelle soumission aux dictats de la tendance chez la femme. On déchire un peu plus l’ouverture du décolleté, on agrandit encore la fente sur la cuisse pour laisser entrevoir plus que le genou, on creuse le plongeant d’une robe dos nu.

Alors ton corps t’appartient, si tu veux porter l’aisselle velue, le no-make up look, le haut transparent téton apparent, libre à toi. J’écrirai encore demain et surement les jours d’après pour revendiquer la liberté de penser de se saper selon nos propres envies. Mais s’il y a encore quelques années une Victoria Abril secouait tout Cannes en veste de costume et culotte, aujourd’hui il n’y a plus d’impertinence à dévoiler ses dessous. Viens en string sur la croisette si tu veux, ca en devient juste normal. Pour provoquer maintenant il faudrait venir en jean tshirt ou petit Lacoste sorti de derrière les fagots.

 

Vue l’évolution minimale du grammage de tissus en rendez-vous mondains, on peut s’attendre en toute logique à une contre tendance du super couvert et très caché, le retour de la pudeur en étendard du contrôle de son image. Et là peut-être on pourra parler de provocation, d’hors norme, de féminisme ou autre connerie de magazines faussement libertaires des droits des femmes. Mais pour le moment, on va encore se prendre de la chatte et du nichboule en pleine gueule, parce que bon, si femme veut s’exprimer et se libérer, elle doit apparement aujourd’hui passer par la case lopsa enrobée de filet de maille et cristaux